Le Livre des Merveilles Conducteur MURAIL TRISTAN
Guzheng solo, Cordes, sons et traitements électron Classique
Description :
Dans Le Livre des merveilles, rédigé en 1298 pendant son emprisonnement à Gênes, Marco Polo raconte le voyage qui l’a mené jusqu’en Chine. Première description de la totalité de l’Orient par un Européen, son récit connaît un retentissement considérable. S’il permet une meilleure connaissance de ces contrées lointaines, il diffuse également des légendes qui nourrissent une vision fantasmée de l’Asie. Tristan Murail s’affranchit de ces clichés, tout en se référant à cet ouvrage fondateur. Professeur invité au Conservatoire de Shanghai depuis dix ans, il sait qu’en Chine la permanence de traditions plurimillénaires côtoie le développement des technologies les plus récentes.
Dès lors, quand le conservatoire de Shanghai lui propose de composer une œuvre faisant appel aux instruments traditionnels, Murail choisit d’exploiter les potentialités du guzheng : pendant que la main droite pince les cordes de cette cithare sur table, inventée au IIIe siècle avant notre ère, la main gauche peut réaliser des glissandos et contrôler très précisément l’amplitude du vibrato ; de plus, il est possible d’accorder individuellement chacune des vingt-et-une cordes reposant sur un chevalet mobile. L’électronique, mise au point en collaboration avec Serge Lemouton à l’Ircam, permet de ne pas se limiter au champ harmonique de l’instrument : d’une part en transformant le son du soliste en temps réel, d’autre part en synthétisant des sons qui n’appartiennent pas au champ harmonique du guzheng. Elle est notamment élaborée à partir des sons d’un jeu de cloches chinoises en bronze, du IIe siècle avant J.-C., actuellement conservé à Wuhan (c’est en fait une copie de ce jeu, propriété du musée de Shanghai, qui a été utilisée pour l’échantillonnage). À partir de leur analyse, Murail recrée leur son et invente d’autres sons de cloches, parfois plus aigus ou plus graves que ceux des instruments modélisés. En allongeant ou en écourtant leur résonance, en ajoutant ou en déplaçant certaines fréquences de leur spectre acoustique, il s’ingénie à « défaire un son de cloche de son identité sonore pour ne garder que la couleur de la résonance et rester dans l’harmonie pure ». Le récit de Marco Polo, constitué d’une mosaïque d’histoires, inspire aussi la forme de la partition, où se succèdent de nombreuses séquences ayant chacune son propre caractère. Si Murail la compare aux Tableaux d’une exposition de Moussorgski, il souligne toutefois que ses propres miniatures se distinguent par leur brièveté (certaines ne durent que quelques secondes). En outre, l’unité ne repose pas sur la récurrence d’un thème, mais sur le guzheng : « S’il n’est pas un instrument soliste au sens d’une forme concertante, le guzheng aide à ce sentiment de cohérence formelle, incarnant musicalement le lecteur/ visiteur, qui pourrait être Marco Polo ou moi, dans sa promenade d’un tableau à l’autre. » Un visiteur qui, également, pourrait être l’auditeur voyageant dans les sons de ce nouveau Livre des merveilles.